La fin du Héros

Affronter son dernier voyage : une préparation existe

Un beau voyage

Qu’il ait accompli ou non son voyage, en ait entrepris plusieurs, ait passé avec succès chaque épreuve à laquelle il fut confronté ou ait abandonné en chemin, vient toujours un moment où, de chair et de sang fait, le héros doit mourir.

Mourir… son dernier voyage. Unique, intime, plus que tout autre cher à lui-même. Le seul dont le héros ne reviendra pas. Et pourtant, comme tout autre voyage, celui-ci requiert qu’il s’y prépare.

Marcher seul

Hélas, face à cette tâche délicate, le héros se voit souvent esseulé, démuni, incapable même de savoir par où commencer. En effet, il n’est, dans la foule de ses supporters le félicitant, le jalousant et le critiquant jadis, pas une âme capable de lui révéler même à quoi s’attendre une fois le seuil de cette vie franchi.

Ainsi, pour tout bagage, on le berce de récits similaires à ceux de ses voyages achevés, compare ce qu’il traverse avec ce que durent supposément affronter d’obscurs aïeux. Tout cela en une triste entreprise visant à « le faire penser à autre chose », « lui changer les idées »… à détourner ses yeux du grand mur que, trop loin pour leurs yeux, ses supporters ne voient pas encore eux-mêmes.

La tentative de ces jeunes héros n’est pas vaine, certes non ! Naïve, puérile, coupable, car destructrice de possibles, oui. Mais qui saurait leur dire ? En attendant, les histoires de ces rêveurs n’aident en rien le voyageur dans ses préparatifs, au contraire. Car cette mort est avant tout la sienne et que, dans les derniers instants, il s’agira de lui. Seulement de lui.

Il s’agira de lui

Il s’agira de réussir à donner sens à ce qui pendant trop longtemps en a manqué. Parfois, aussi, de devoir trouver la force de ne plus chercher d’explications à ce qui n’en a jamais eu. Il s’agira enfin de toucher l’indicible, l’in-conté, et revenir au plus proche du mystère qu’il sut être.

Il s’agira d’apprendre à perdre – se perdre – rendre, abandonner à… Timidement de commencer à estimer ce qui jadis fut laissé de côté. Découvrir combien il réussit à être, à mille lieues de ce qu’on lui laissa croire. Réaliser combien il s’approcha, malgré lui, de celui qu’il aurait pu être.

Il s’agira, point par défaut ni désespoir… de « laisser aller ». Plus loin, et par lui-même, de découvrir la nature de ce qui, justement, s’en ira. De faire revivre une vision oubliée, de tout temps présente, mais inaudible dans la confusion des macro-réalités quotidiennes. Pour la première fois depuis des années, peut-être toujours, il s’agira de laisser le héros s’enthousiasmer de sa fin, de le laisser se donner une chance d’enfin estimer le processus qu’il fut toujours.

Puis, lui laisser l’opportunité de réaliser que nulle mort ne s’impose. Qu’elle ne fut jamais que la contrepartie de l’émergence de sa subjectivité, de la naissance de ce « je » extraordinaire ; de la capacité de celui-ci à se valoriser.

Ainsi, et peut-être enfin, le héros réussira-t-il à se dépasser. À laisser la page se tourner. À laisser cet autre, ce divers finalement à nouveau éprouvé, poursuivre sa propre route… et enfin voir au-delà.