Vers où, pour quoi

Vers le ciel – comment l’humanité s’est éveillée

Pendant des siècles, notre spiritualité (le phénomène religieux sous toutes ses formes) a gardé sous son aile un soi alors toujours capable de rentrer en contact, même au minimum, avec le « monde des esprits », cette dimension chaotique solidement maillée à ce que nous appelons aujourd’hui opportunément « réalité ». Ce lien, dans notre civilisation, et plus spécifiquement depuis quelques décades, poursuit son inexorable déclin.

La science en est-elle coupable ? Les nouvelles technologies ? La mondialisation ? Aucunement. Nul responsable à stigmatiser, nul bouc émissaire. Si les raisons de ce déclin sont légion, il est important de garder à l’esprit que cette évolution n’est en rien une « bonne » ou une « mauvaise » chose, juste une situation requérant de nouveaux outils, de nouveaux points de vue, afin d’être traitée comme il se doit, dans toute sa complexité.

Un Homme hors-sol

Le fait est que nous nous sommes éveillés. La civilisation occidentale s’est éveillée. Notre monde est devenu réel. Nous écartant de l’intime expérience que nous avions des symboles, enfin au fait de notre incapacité à saisir l’intégralité du spectre de nos métaphores divines, nous avons naturellement redirigé l’énergie psychique dévolue à ces postes vers un ego en fleurs, et vers ses potentielles inflations. En un mot, vers une certaine idée du soi.

Doublement déconnecté de ses racines, le paradigme que nous nous sommes laissé devenir, cessa bientôt de prêter attention à un ciel désormais vide de tout dieu, et commença à se focaliser sur l’instant présent : le plus, le mieux, l’immédiat ; faisant de nos âmes le terrain de jeu de désirs, plutôt que d’immanents possibles.

Égaré, sans aucun moyen de se projeter sur quoi que ce soit, notre « divin » a rapidement abandonné le mythe qu’il épousait pourtant jusque-là. Si beaucoup aujourd’hui s’écartent de la religion, c’est que ses réponses ne suffisent plus à apaiser nos âmes. À la peine dans sa course à la modernité, en guerre contre un historique dont elle ne peut se dédouaner sans se renier complètement, la religion sous sa forme actuelle ne trouve, aujourd’hui en Occident, plus véritablement sa place.

comment l'humanité s'est éveillée

Le divin tu, ses prédicateurs muselés, qu’est donc devenu le sens de la vie ? Qu’en a-t-on fait ? Y a-t-il encore un paradis ? On voit resurgir de vieilles croyances, chacun fait sa petite cuisine… Parfait… mais qui parle encore de mort ? Encourager chacun à une vie de bien suffit-il lorsque cette même vie vient à cesser ? Où est donc la promesse ? N’est-il pas un peu hasardeux de se reposer entièrement sur la fierté procurée par une vie de labeur pour garantir l’éternelle félicité ?

Au milieu du gué

La religion n’a pas failli. Notre civilisation l’a seulement dépassée. En aurait-on pour autant trop appris pour savoir aujourd’hui mourir en paix ? Certes non ! Ce serait plutôt le contraire : nous nous sommes arrêtés au milieu. Au milieu dans notre connaissance de nous-mêmes. Ce nous-mêmes, nous l’avons explosé en une infinité de disciplines empiriques, requérant experts et spécialisations. Obsédés par notre voyage, nous l’avons prolongé, avons inventé à ce titre tout un tas de nouvelles activités pour repousser son terme fatidique. Nous nous y sommes abandonnés avec délectation… et c’est ainsi que mourir est devenu tabou. On ne s’y prépare plus ; de sorte que la sentence arrive aujourd’hui invariablement trop vite, et qu’on ne sait quoi faire de soi-même sinon souffrir de ne pouvoir l’emporter avec soi.

Un mythe en devenir

Pourtant, il est encore temps. Il y a encore de l’espoir. La quiétude est à portée de main pour ceux encore prêts à prendre le large. Notre difficulté à nous rapporter aux cosmogoniques d’antan n’est en rien rédhibitoire. Il en existe une autre, inexplorée, loin des cieux, et plus proche… bien plus proche de nous. Une fabuleuse autant que formidable ayant, durant tout ce temps, donné matière à celles qui ne nous parlent plus. Une cosmogonie nous rendant le sens que nous avons toujours eu, faisant de nous notre propre mythe. Sans nom, sans identité. Ce serait déjà trop la définir. À travers la métaphore de la fin du héros, c’est à elle que je me propose de vous présenter.