Le ‘Processus de Réindéfinition’

De la potentialité à l’immanence

Qui est « je » ? Où s’arrête-t-il ? Est-il le résultat de ses propres actions, ou plutôt une collection d’intentions, incluant tout ce qu’il aurait pu être ? « Je » est-il une chose présente, ou un continuum ? Qu’est-ce que « je » ? Le système matriciel agrégé par lequel nous n’avons pu nous empêcher d’être façonnés fit de nous ces insaisissables, insondables porteurs d’une potentialité que nous avons tronquée à chaque fois que nous en avons eu l’occasion, par le simple fait d’avoir exercé notre vouloir… d’avoir fait des choix. À mesure que nous érigions notre « moi », nous avons lentement, et sans nous en apercevoir, opéré une réduction en nous spécialisant. Ce faisant, nous combattîmes sans relâche afin que notre unicité soit reconnue par ceux dont nous tentions de nous différencier. Oui, nous réussîmes à être qui nous sommes… nous n’aurions de toute façon pu faillir à la tâche. Mais cela eut un prix.

Le prix que nous avons dû payer

Le 'Processus de Réindéfinition'

Un prix relativement élevé lorsque l’on y pense, spécialement au crépuscule d’une vie quand, afin d’en trouver le sens, ce que nous finîmes par être n’est plus capable d’accéder à certains des éléments qui auraient pu nous aider dans ce voyage délicat.

Écartée en chemin, cette potentialité reste dormante, inexploitée, le « moi » à présent aux commandes, trop accroché à son intégrité pour même considérer un changement qui menacerait ce peu qu’il croit être, alors qu’il est en réalité bien plus. Aucune interférence ! Aucun paradoxe ! Le château de cartes bâti au prix de tant d’efforts ne pourrait se permettre de voir l’un de ses constituants retourné, tant cela risquerait l’intégrité de la structure ! Alors, oui, nous sommes devenus nous-mêmes… mais au prix de la peur.

La peur de nous perdre, d’égarer ce « nous » que, bien qu’évident, nous avons tant de mal à circonscrire. La peur de voir disparaître autrui et toutes ces petites choses que nous prenions pour acquises jusqu’à ce qu’elles nous fassent défaut. La peur du temps, en somme… Nos sens, notre intuition nous abusent alors, et bientôt nous en venons à nous persuader que quelque chose ne tourne pas rond, qu’il manque quelque chose, quelque part, et que cela changerait tout. Sans cela, pas de grand soir, de plan transcendant… aucun moment d’illumination ! Les pièces n’étaient-elles pas censées, in fine, s’assembler entre elles ? Comment se fait-il alors qu’après des années de labeur, notre sentiment d’accomplissement, de plénitude reste invariablement hors d’atteinte ?

Indéfinition

Sensation étrange… était pourtant un temps où naïveté rimait encore félicité ; où « complet » signifiait « indéfini »… et où nous nous en contentions très bien. Jadis, un temps n’ayant jamais été en rien meilleur que le présent, mais dont nous restons nostalgiques. Plus exactement un état d’esprit, d’être… plutôt qu’un temps. Un état d’être au monde, en harmonie avec la – jamais porté à la conscience mais néanmoins – potentialité offerte par le Système Matriciel Agrégé. Un état d’indéfinition, libre de sens, de risques, de peurs…

Le processus de réindéfinition est un pas délibérément amorcé par un « je » afin, non pas de « retourner à », mais d’atteindre cet abstrait état d’être, précédant celui du règne de la définition sur l’esprit. Un processus visant à la transmutation du potentiel ayant donné naissance à nos « moi » en l’immanence de ce dernier. Un processus de repositionnement du soi à la croisée de ce qu’il a fièrement fini par être, et de tout ce qu’il aurait joyeusement pu devenir.